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RDA Beta Toolkit : le «big bang*» du code de catalogage international

Fils RSS sur RDA - mar. 31/07/2018 - 17:03
[*] Ce titre est emprunté à Gordon Dunsire, président du RDA Steering Committee : http://www.rda-rsc.org/sites/all/files/FromBigBangToBeta.pdf

Le RSC – RDA Steering Committee, comité de pilotage international de RDA – a annoncé en juin l’ouverture du RDA Beta Toolkit, nouvelle version provisoire du RDA Toolkit, accessible en test et ouverte aux commentaires jusqu’à la fin des livraisons de son contenu, vers février 2019. Il s’agit d’un site payant donnant accès à l’ensemble du code de catalogage RDA, mais toute personne peut y accéder gratuitement pendant 30 jours. Cette nouvelle forme est le résultat du « Projet 3R » mis en place par le RSC en octobre 2016.

Copie d’écran de la page d’accueil du site RDA Beta Toolkit (https://beta.rdatoolkit.org/RDA.Web/#), 25 juillet 2018

A fond la forme ?

Si le RSC communique surtout sur une évolution de la forme du Toolkit, il suffit d’un coup d’œil sur le site du RDA Beta Toolkit pour se rendre compte de changements profonds dans la structuration et la rédaction mêmes du code. Malgré son nom presque trompeur (« Beta Toolkit »), cette refonte apporte bien plus qu’un changement d’ergonomie. En effet, la nouvelle version de RDA (ou « RDA 2 », son petit nom à l’Abes) se veut intégrer pleinement le modèle conceptuel IFLA-LRM, né de l’harmonisation des anciens modèles FRBR, FRAD » et FRSAD, alors que la première version de RDA n’implémentait pas totalement FRBR.

Cette intégration partielle a été l’une des raisons pour lesquelles la France a pris une voie dissidente en décidant en 2012 de ne pas adopter RDA en l’état, mais de l’adapter nationalement. L’enjeu était d’écrire un code de catalogage plus conforme à la fois au modèle FRBR et aux pratiques de catalogage françaises, en grande partie issues de l’ISBD, tout en proposant des évolutions importantes du code international à travers la participation de l’Abes et de la BnF à La voix de la France, exprimée via EURIG, semble avoir été au moins partiellement entendue puisque cette première version de « RDA 2 » contient de nouvelles règles de gestion des agrégats (ex : œuvres complètes d’un auteur, actes de congrès, catalogue d’exposition, etc.) et des publications en série, définit mieux la place et les caractéristiques de l’entité Expression, les relations autour de l’entité, et intègre de nouvelles entités LRM, par exemple :

  • Nomen (le nom) : qui permet de définir des relations d’appellation depuis une entité de tout type, et de rattacher des méta-métadonnées à un nom (par ex : le contexte d’usage d’un pseudonyme, ou encore, si on le souhaite, les dates d’emploi du nom particulier d’un lieu, comme Lutèce par rapport à Paris). Le Nomen pourrait être utile dans la modélisation des identités publiques d’une personne dans les catalogues : les différents noms sous lesquels un auteur se fait connaître seraient des nomens en relation avec un agent, chacun étant identifié par un ISNI – cet ISNI pouvant être partagé par plusieurs nomens, si ceux-ci constituent des variantes du même nom et sont liés entre eux par une relation d’équivalence. Resterait à définir la façon dont chaque œuvre, expression, manifestation serait liée à l’identité particulière d’un agent. On ne trouve toutefois pas encore trace de cette problématique dans les présentations du RSC, celle-ci par exemple.
  • Timespan (laps de temps) : qui permet de définir des relations entre une date et une entité. On structure et normalise les dates dans un catalogue : l’utilisateur peut donc naviguer par dates. D’anciens attributs deviennent des relations entre entités : par exemple, la date de naissance d’Edith Wharton est désormais une relation entre l’auteur (Agent) et le 24 janvier 1862 (Laps de temps).
Ontologiquement vôtre

On se rapproche ainsi de plus en plus d’une syntaxe de type web sémantique : sujet-prédicat-objet. Dans l’univers RDA, le prédicat peut être une relation (Edith Wharton est l’auteur de l’œuvre « Chez les heureux du monde »), ou un attribut (Edith Wharton est une femme) – dans ce deuxième cas, l’objet n’est pas une entité (mais peut appartenir à un référentiel, ici celui des genres), et c’est même ce qui différencie l’attribut de la relation pour le RSC, les deux étant des « éléments de RDA ».

Sur le Beta Toolkit, on navigue entre entités de manière apparemment fluide, chacune étant présentée sur une page distincte avec une liste de ses attributs et relations. On manque cependant d’un fil d’Ariane pour se repérer entre types d’éléments : entités, attributs et relations. Les chapitres et sections de l’ancien RDA Toolkit ont complètement disparu : un défi pour la suite de la rédaction du code français RDA-FR, qui repose sur une adaptation de la traduction française littérale, et reprend entièrement la présentation finement numérotée de l’ancien RDA Toolkit.

Copie d’écran de la page d’accueil de l’actuel site RDA Toolkit, amené à disparaître (https://access.rdatoolkit.org/), 25 juillet 2018

Le RSC a reçu de nombreuses critiques sur ce point et a lancé en réponse un appel à idées : comment réintroduire une numérotation tout en respectant les nouveaux principes de structuration de RDA, plus proches des principes du web, qui reposent sur une absence d’ordre de présentation et de hiérarchisation entre les éléments ?

Le RDA Beta Toolkit se présente comme une véritable ontologie – bien que le RSC n’ait pas choisi un outil de construction d’ontologies à proprement parler : chaque élément de relation possède par exemple un « IRI » (identifiant pérenne), un domain (entités qui peuvent être sujet de la relation) et un range (entités qui peuvent être objet de la relation).

Cette nouvelle présentation montre bien ce qu’est un « code » de catalogage : loin d’être un manuel directement applicable par le catalogueur, RDA fournit un référentiel d’éléments qui permettent de modéliser un catalogage par entités et relations. La nouvelle ergonomie a été mise en consultation par le RSC, à travers le bouton « Submit Feedback » sur le RDA Beta Toolkit – renvoyant vers un formulaire du site actuel ; et a sollicité les différents groupes régionaux. Ainsi, EURIG a demandé à ses membres de remplir un questionnaire – ce que l’Abes a fait ce mois-ci.

Le RSC a visiblement cherché à atteindre une grande sobriété dans la rédaction du code, épurant les redondances, harmonisant et généricisant les attributs et relations et utilisant au maximum le vocabulaire LRM. Cependant, certaines définitions d’éléments peuvent laisser songeur… Ainsi, un illustrateur (relation d’agent à œuvre, si vous suivez bien) est « un contributeur à un agrégat qui fournit des images ». La relation d’expression à œuvre « expression décrite dans » (expression described in) est définie comme « une expression d’une œuvre qui décrit une expression décrite » ! Ouch. Les catalogueurs devront s’approprier ce vocabulaire et ces tournures de phrase progressivement, une fois le contenu complet de « RDA 2 » publié. Les échanges sont nombreux à ce sujet sur la liste de diffusion  RDA-L , dont certains utilisateurs jugent « la grammaire bizarre » de RDA 2 plus compréhensible pour des machines que pour des humains.

RDA all over the world

Quatre méthodes d’enregistrement (recording methods) ont été définies pour les données rédigées conformément à RDA :

  • description non structurée (terme non contrôlé) ;
  • description structurée (terme issu d’un référentiel, par exemple un fichier d’entités)
  • identifiant (par exemple un numéro de notice) ;
  • Identifiant Internationalisé de Ressource (IRI : identifiant issu d’un référentiel déclaré dans le web de données).

Ces quatre méthodes s’appliquent à presque tous les éléments de RDA, laissant une grande liberté à chaque pays de définir ses propres normes, ou à chaque agence de catalogage ses propres pratiques.

Afin de laisser plus de place à « l’internationalisation » de RDA, c’est-à-dire de permettre son utilisation dans des pays n’appliquant pas historiquement les AACR – règles de catalogage anglo-saxonnes que RDA remplace, les alternatives ont par ailleurs été neutralisées : lorsqu’il y a une option, RDA 2 ne fait plus de recommandation. Le choix est laissé aux profils d’application définis nationalement, qui de ce fait prennent une grande importance. Même les core elements (éléments de description fondamentaux pour chaque entité) ne sont plus indiqués. C’est désormais aux profils d’application nationaux ou locaux de déterminer les éléments obligatoires et facultatifs pour la description de chaque entité, en fonction des traditions et des besoins bibliographiques.

Alors, compte tenu de ces éléments, RDA-FR doit-il devenir un simple profil d’application français, comme celui de PCC, le programme américain de catalogage collaboratif, ou de la British Library – les deux seuls profils RDA Beta Toolkit ? Quelle ampleur donner à ce profil national, au vu de tout ce que RDA 2 laisse – pour le moment – en suspens ?

Les experts participant aux différents groupes de normalisation du programme Transition bibliographique auront à analyser sérieusement cette question, dès que la publication de RDA 2 sera achevée et stabilisée (début 2019). Il faudra se demander si RDA 2 permet de réduire la distance entre RDA et RDA-FR, quels sont les points de désaccord qui subsistent, si la forme de RDA-FR doit être revue pour correspondre à la forme du nouveau RDA Toolkit, et si oui, selon quelles modalités doit être publié le profil français – l’accès au RDA Toolkit étant payant, alors que la France a décidé que son code de catalogage serait accessible en ligne gratuitement. Le Comité stratégique bibliographique, réunissant l’Abes, la BnF et leurs tutelles, sera consulté à ce sujet au cours de l’année 2019.

Pour vous faire votre idée :

  • Contactez-nous via les commentaires de ce billet de blog ou écrivez à rda@abes.fr pour en discuter.

 

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